Heures creuses : fonctionnement, évolutions et rentabilité pour les particuliers

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Heures creuses : définition et fonctionnement
Définition et objectif des heures creuses et heures pleines
Le dispositif des heures pleines et heures creuses (HP/HC) divise la journée en deux périodes tarifaires distinctes : huit heures creuses où l'électricité coûte moins cher, et seize heures pleines où le tarif est plus élevé. Introduit dès les années 1960 lors de la mise en service des premières centrales nucléaires françaises, ce mécanisme visait initialement à exploiter la surproduction d'électricité nocturne. En effet, les centrales nucléaires fonctionnent en continu et produisent une électricité abondante et bon marché durant les heures de faible consommation.
L'objectif principal était de lisser les courbes de consommation et d'éviter les pics de demande, tout en maintenant les niveaux de consommation sous les capacités de production pour assurer la stabilité du réseau électrique.
Aujourd'hui, environ 14,5 millions de foyers français (soit 40 % des ménages) ont souscrit à l'option tarifaire heures pleines/heures creuses, confirmant l'intérêt persistant pour ce dispositif malgré ses évolutions techniques et tarifaires.
Les principes de tarification différenciée
Le principe fondamental du système HP/HC repose sur une tarification différenciée : le prix du kilowattheure (kWh) d'électricité est significativement plus bas pendant les heures creuses et plus élevé le reste du temps. Au tarif réglementé (Tarif Bleu), le prix du kWh en heures creuses s'élève à environ 0,1635 € TTC contre 0,2081 € TTC en heures pleines, représentant une économie d'environ 21 % en heures creuses.
En contrepartie de cette différenciation tarifaire avantageuse, l'abonnement mensuel associé à l'option HP/HC est plus élevé que celui de l'option de base : environ 13,01 € par mois au tarif réglementé contre 10,50 € pour l'option base. Cette structure tarifaire s'inscrit dans une logique économique cohérente : le gestionnaire du réseau, Enedis, fixe les heures creuses en tenant compte des contraintes locales du réseau électrique.
Les heures creuses correspondent ainsi à des périodes où, à l'échelle locale, la demande (déduction faite de la production) est la plus faible. La répartition des heures pleines et creuses n'est donc pas homogène à l'échelle du territoire et varie entre chaque client. Certaines zones bénéficient d'heures creuses uniquement la nuit, tandis que d'autres disposent d'heures creuses réparties entre la nuit et le milieu de la journée.
Exemples d'horaires possibles selon les régions et fournisseurs
En France, il existe plusieurs répartitions possibles des heures creuses, toutes soumises aux règles définies par Enedis. Actuellement, avant la réforme de 2025, environ 60 % des clients en option HP/HC bénéficient d'une plage unique et continue d'heures creuses, généralement entre 20 heures et 8 heures du matin. Ces clients conservent un long créneau stable, particulièrement adapté au chauffage de l'eau chaude nocturne et aux tâches ménagères en dehors des heures de travail.
Pour les 40 % de clients restants, les heures creuses sont réparties sur deux plages : typiquement de 12 heures à 17 heures et de 20 heures à 8 heures. Cette répartition offrait déjà une certaine flexibilité, permettant aux consommateurs de programmer certains appareils en milieu de journée.
Pour illustrer cette variabilité territoriale :
- À Paris : les horaires d'heures creuses varient selon les arrondissements. Certains quartiers disposent de la plage classique 20 heures à 8 heures, tandis que d'autres bénéficient de configurations incluant les heures creuses méridiennes (12 heures à 17 heures).
- À Bordeaux : les plages peuvent être 2 heures à 8 heures et 13 heures 30 à 15 heures 30, ou entre 0 heures et 8 heures.
- À Lyon : les horaires se situent généralement entre 23 heures et 7 heures.
Cette variabilité géographique confirme que chaque installation bénéficie d'horaires spécifiques en fonction de son raccordement au réseau local.
Rôle du compteur Linky et la gestion automatique
Le compteur Linky, déployé massivement depuis 2015 et installé chez environ 95 % des foyers français, joue un rôle central dans le fonctionnement du système HP/HC. Ce compteur communicant permet une gestion entièrement à distance des plages horaires et une modification automatique des paramètres sans intervention physique sur site.
Le compteur Linky fonctionne en envoyant régulièrement un signal appelé « impulsion » ou « contact sec » au contacteur jour/nuit, un petit boîtier installé dans le tableau électrique. À chaque transition entre les heures pleines et les heures creuses, le compteur déclenche ce contact sec, qui agit comme un interrupteur automatique pour allumer ou éteindre les appareils programmés en heures creuses.
Le contacteur jour/nuit dispose généralement de trois modes de fonctionnement :
- Mode automatique : actif pendant les heures creuses uniquement.
- Marche forcée : allumage permanent quelle que soit l'heure.
- Arrêt : extinction totale.
Qui peut bénéficier des heures creuses ?
Conditions d'éligibilité
En France, le dispositif des heures pleines et heures creuses est accessible à la quasi-totalité des particuliers et petits professionnels. Actuellement, environ 14,5 millions de foyers ont fait le choix de l'option tarifaire heures pleines/heures creuses, soit environ 40 % des ménages.
L'éligibilité dépend principalement de trois facteurs :
- Le type de compteur : les compteurs Linky, qui représentent la grande majorité des installations récentes, permettent l'accès immédiat à l'option HP/HC sans frais supplémentaires. Pour les compteurs plus anciens (compteurs électromécaniques ou électroniques), le passage à l'option HP/HC nécessite l'intervention d'un technicien Enedis, intervention facturée 64,87 € TTC en 2024.
- La relation avec le fournisseur : tous les grands fournisseurs d'électricité proposent des offres avec option HP/HC. Le consommateur doit simplement demander le passage à cette option auprès de son fournisseur, qui relaye la demande à Enedis.
- La puissance souscrite : l'option HP/HC est disponible pour des compteurs de puissance inférieure ou égale à 36 kVA, ce qui couvre la quasi-totalité des usages résidentiels et petits professionnels.
Démarches pour souscrire une offre heures pleines / heures creuses
Pour souscrire à une offre avec option HP/HC, la procédure est standardisée et simplifiée, particulièrement avec un compteur Linky. Le consommateur doit d'abord contacter le service client de son fournisseur d'électricité et demander le passage à l'option heures pleines/heures creuses.
Avec un compteur Linky, cette modification s'effectue entièrement à distance : le fournisseur transmet la demande à Enedis, qui reprogramme le compteur de manière dématérialisée. Le changement est généralement effectif sous 24 heures à 48 heures.
Pour les compteurs non-communicants, la situation diffère légèrement. L'intervention d'un technicien Enedis devient nécessaire pour adapter physiquement le compteur et installer le contacteur jour/nuit permettant le déclenchement des appareils programmés. Cette intervention est facturée à l'utilisateur.
Il est également possible d'effectuer la démarche inverse : passer de l'option HP/HC à l'option base. Avec un compteur Linky, cette modification est gratuite et effectuée à distance. Pour un compteur ancien, l'intervention d'un technicien reste nécessaire et facturée.
Au moment de la souscription, Enedis attribue automatiquement une plage horaire d'heures creuses au client. Pour les compteurs Linky, cette attribution est aléatoire, sans lien avec la commune du consommateur : chaque Linky peut recevoir une plage différente selon les contraintes locales du réseau.
Heures pleines et heures creuses : quels usages privilégier ?
Les équipements électriques concernés
Pour optimiser la rentabilité des heures creuses, il est essentiel d'identifier les appareils électriques programmables et énergivores. Le chauffe-eau électrique (ballon d'eau chaude) est le candidat idéal pour fonctionner en heures creuses. Un chauffe-eau de 200 litres consomme typiquement entre 2 000 et 3 000 kWh par an, représentant une part significative de la facture d'un ménage tout-électrique.
Les appareils électroménagers programmables constituent le second groupe d'équipements majeurs. La machine à laver, le sèche-linge et le lave-vaisselle sont des consommateurs importants d'électricité pouvant facilement être programmés pour démarrer en heures creuses. Une machine à laver moderne consomme entre 0,8 et 1,5 kWh par cycle, selon le modèle et le programme.
Le chauffage électrique offre également des opportunités de programmation. Bien que les radiateurs électriques fonctionnent généralement en continu pour maintenir une température, certains modèles modernes permettent une montée en température programmée en heures creuses, avant une réduction la nuit.
La recharge des véhicules électriques constitue un usage émergent et stratégique pour les heures creuses. Une batterie de véhicule électrique (60-70 kWh) consomme une quantité d'électricité comparable à celle d'un mois de chauffage pour un ménage.
Les appareils avec accumulation thermique (radiateurs électriques à accumulation, chauffe-eau thermodynamique) peuvent également être optimisés pour fonctionner durant les heures creuses, bien que certaines spécificités techniques nécessitent une attention particulière.
Astuces pour maximiser l'utilisation des heures creuses
La première astuce fondamentale est de connaître précisément ses plages horaires d'heures creuses et de les adapter à ses habitudes de vie. Pour ce faire, il suffit de consulter sa dernière facture d'électricité, son espace client auprès du fournisseur, ou directement le site d'Enedis avec son code postal. Ces horaires varient selon le lieu et le compteur.
La deuxième astuce consiste à programmer le départ différé des appareils électroménagers. Une machine à laver moderne dispose généralement d'une fonction « départ différé » permettant de charger le linge le soir et de programmer le lancement pour débuter exactement à 22 heures ou 2 heures du matin, assurant que l'intégralité du cycle (lavage et essorage) se déroule en heures creuses.
Une troisième approche recommandée par les fournisseurs et l'Ademe est l'utilisation de prises connectées ou de minuteurs. Ces petits boîtiers se branchent sur une prise standard et permettent de programmer l'allumage et l'extinction d'appareils à des heures précises, même pour les appareils ne disposant pas nativement de cette fonction.
La quatrième astuce concerne le chauffage et l'eau chaude. Pour les radiateurs électriques, programmer une montée en température en début d'heures creuses (par exemple 23 heures) puis une descente progressive permet de bénéficier du tarif réduit tout en maintenant le confort thermique.
La cinquième astuce est d'anticiper les périodes de forte consommation. Un ménage recevant des invités le samedi peut programmer le chauffe-eau en fin d'heures creuses le vendredi pour maximiser la réserve d'eau chaude disponible le weekend, évitant un chauffage supplémentaire en heures pleines.
Enfin, une astuce organisationnelle est la synchronisation des usages. Plutôt que de faire tourner un seul appareil à la fois, regrouper les tâches (machine à laver, lave-vaisselle et chauffe-eau en même temps) en début d'heures creuses permet de lisser la charge du compteur et évite les pics qui pourraient déclencher des consommations supplémentaires.
Les heures creuses sont-elles vraiment rentables ?
Comparaison du coût kWh heure creuse vs heure pleine
Au tarif réglementé, l'économie en heures creuses est substantielle. En 2025, le prix du kWh en heures creuses est d'environ 0,1635 € TTC tandis qu'en heures pleines il s'élève à 0,2081 € TTC, représentant une réduction de 21 % environ. Sur une base annuelle, pour un ménage consommant 1 000 kWh en heures creuses et 5 000 kWh en heures pleines, cette différence représente environ 90 euros d'économies sur la part énergétique seule.
Cependant, cette comparaison simple ne tient pas compte d'un facteur décisif : l'abonnement plus élevé de l'option HP/HC. En effet, l'abonnement mensuel pour l'option HP/HC est d'environ 13,09 € TTC pour 6 kVA, contre 12,68 € TTC pour l'option de base. Cet écart de 0,41 € par mois, soit environ 5 euros par an, grève le bilan de rentabilité. De plus, le prix du kWh en heures pleines (0,2081 €) est légèrement plus élevé que le prix du kWh en option de base (environ 0,1952 €), pénalisant les consommations hors heures creuses.
Pour évaluer la vraie rentabilité, il faut comparer le coût total annuel en option HP/HC versus option de base pour une même consommation annuelle. Par exemple, pour une consommation de 6 000 kWh annuels avec une puissance de 6 kVA au tarif réglementé :
- Option Base : (12,68 € × 12) + (6 000 × 0,1952 €) = 152,16 € + 1 171,20 € = 1 323,36 € annuels
- Option HP/HC avec 33 % en heures creuses : (13,09 € × 12) + (4 020 × 0,2081 €) + (1 980 × 0,1635 €) = 157,08 € + 836,62 € + 323,73 € = 1 317,43 € annuels
Cette simulation démontre que pour une famille déplaçant 33 % de sa consommation en heures creuses, l'option HP/HC devient marginalement rentable. L'économie réalisée n'est que d'environ 6 euros par an, illustrant pourquoi le seuil de rentabilité réel se situe autour de 30-35 % de consommation en heures creuses, bien supérieur au ratio purement théorique.
Calcul de seuil de rentabilité selon la consommation électrique
Le seuil de rentabilité est le pourcentage de consommation annuelle devant être réalisée en heures creuses pour que l'option HP/HC devienne plus avantageuse que l'option de base. Ce seuil varie selon plusieurs paramètres : la consommation totale annuelle, la puissance souscrite, les tarifs du fournisseur, et les variations saisonnières.
Pour un ménage consommant 6 000 kWh/an avec 6 kVA au tarif réglementé, le seuil se situe autour de 30-35 % de consommation en heures creuses. En deçà de ce seuil, l'option de base reste plus économique. Au-delà, l'option HP/HC devient progressivement avantageuse.
Ce seuil s'explique par la structure tarifaire : le surcoût d'abonnement et le prix légèrement plus élevé du kWh en heures pleines doivent être compensés par des économies suffisantes durant les heures creuses. Plus la consommation totale annuelle est élevée, plus il devient facile d'atteindre ce seuil de rentabilité. Pour un ménage consommant 10 000 kWh/an, déplacer 3 000 kWh en heures creuses (30 %) suffit généralement à rentabiliser l'option HP/HC.
En revanche, pour un petit consommateur (3 000 kWh/an), même en déplaçant 40 % de sa consommation en heures creuses, l'économie réalisée reste faible, et l'option de base peut demeurer plus avantageuse.
Avantages et limites en fonction du profil de consommation
L'option heures pleines/heures creuses présente des avantages significatifs pour certains profils de consommateurs :
- Ménages tout-électrique : pour les foyers chauffant l'eau et les pièces à l'électricité, programmer le chauffe-eau et le chauffage en heures creuses permet de déplacer facilement 30 à 40 % de la consommation annuelle, rendant l'option HP/HC attractive.
- Propriétaires de véhicules électriques : la recharge représente une consommation importante (plusieurs milliers de kWh par an), qui peut être entièrement décalée en heures creuses, générant des économies substantielles (200 à 400 euros par an).
- Foyers disposant d'appareils programmables : les ménages équipés de lave-linge, lave-vaisselle, sèche-linge avec départ différé peuvent facilement optimiser leur consommation.
- Consommateurs flexibles : les personnes télétravaillant ou disposant de rythmes de vie décalés peuvent naturellement consommer davantage en heures creuses.
Cependant, l'option HP/HC présente également des limites :
- Faible consommation globale : pour les ménages consommant moins de 4 000 kWh par an, l'économie générée par le déplacement en heures creuses ne compense généralement pas le surcoût d'abonnement.
- Horaires inadaptés : les heures creuses attribuées par Enedis ne correspondent pas toujours aux habitudes de vie des consommateurs. Un ménage ayant des heures creuses de 2 heures à 8 heures ne peut pas facilement programmer ses appareils durant cette plage si tous les membres travaillent tôt le matin.
- Consommation incompressible en heures pleines : certains usages ne peuvent pas être décalés (éclairage, télévision, cuisine, informatique), limitant mécaniquement le potentiel d'économie.
- Vieillissement des équipements : les appareils anciens ne disposent généralement pas de fonction de programmation, limitant l'optimisation possible.
En résumé, l'option HP/HC convient particulièrement aux ménages tout-électrique disposant d'équipements programmables et d'une consommation annuelle supérieure à 5 000 kWh. Pour les petits consommateurs ou les ménages disposant d'un chauffage au gaz, l'option de base reste généralement plus avantageuse.
Évolutions des heures creuses et actualités récentes
Nouveaux horaires et changements à partir de novembre 2025
À partir du 1er novembre 2025, la Commission de régulation de l'énergie (CRE) met en œuvre la plus grande réforme du dispositif heures pleines/heures creuses depuis les années 1970-1980. Cette réforme découle de la délibération sur le tarif d'utilisation des réseaux publics d'électricité (TURPE 7) et vise à adapter le système aux nouvelles réalités du réseau électrique français, marqué par l'essor du photovoltaïque.
Environ 11 millions de foyers français seront progressivement concernés par cette transformation jusqu'à fin 2027, avec un déploiement estimé permettant de décaler environ 5 gigawatts de consommation vers les après-midis pendant les mois les plus ensoleillés. Cette réforme répond à une nécessité : l'électricité photovoltaïque produite en journée crée désormais des périodes de surproduction locale, tandis que les heures creuses nocturnes traditionnelles correspondent de moins en moins aux besoins du réseau.
Concrètement, les nouvelles plages horaires incluront davantage d'heures creuses en milieu de journée, typiquement entre 12 heures et 17 heures, pour coïncider avec les pics de production solaire. Ces heures creuses diurnes remplaceront progressivement certaines heures creuses nocturnes, permettant aux consommateurs de programmer certains usages (recharge de véhicule électrique, pompes à chaleur, ballons thermodynamiques) durant ces plages ensoleillées.
Que faire en cas de changement d'horaires ?
En cas de changement d'horaires imposé par la réforme de 2025, les clients concernés recevront une notification de leur fournisseur d'électricité et d'Enedis plusieurs semaines avant la modification effective. Cette notification précisera les nouvelles plages horaires attribuées.
Si les nouvelles plages horaires ne correspondent pas aux habitudes de vie du consommateur, plusieurs solutions existent :
- Adapter ses usages : reprogrammer les appareils électroménagers, le chauffe-eau et la recharge du véhicule électrique pour les nouvelles plages horaires. Cette adaptation nécessite parfois une réorganisation des habitudes quotidiennes.
- Passer à l'option de base : si l'adaptation n'est pas possible ou si le nouveau système ne permet plus d'atteindre le seuil de rentabilité, le consommateur peut demander le passage à l'option de base. Avec un compteur Linky, cette modification est gratuite et effectuée à distance sous 24 à 48 heures.
- Comparer les offres des fournisseurs : certains fournisseurs alternatifs proposent des offres avec des plages horaires différentes ou des tarifs plus avantageux, permettant de compenser les désagréments du changement.